Evguenia GUINZBOURG (Russie)

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Message  géromino le Mer 3 Avr 2013 - 10:15

(Tiré du livre "Le vertige") Evguénia Sémionovna Guinzbourg est née en 1906 à Moscou. Professeur à l'université de Kazan (Tatarstan) et mère de deux enfants; elle est arrêtée en février 1937 et condamnée en août de la même année à dix ans de réclusion en cellule d'isolement. En 1939, sa peine est commuée en dix ans de travaux forcés et elle est envoyée dans les terribles camps de la Kolyma au nord-est de la Sibérie. Libérée en 1947, elle est frappée en 1949 de rélégation à perpétuité. Mais après la mort de Staline (1953) elle obtient sa réhabilitation et revient bientôt en Russie d'Europe avec son second mari, un médecin rencontré à la Kolyma. A partir de 1959, elle commence à rédiger ses mémoires. C'est par la voie clandestine du samizdat (système clandestin de circulation des écrits de dissidents russes -Wikipédia-) qu'ils vont se répandre dans le pays. En 1967 un premier volume sera publié par l'éditeur italien Mondadori et traduit dans de nombreuses langues; c'est "Le vertige".

Evguénia Guinzbourg est décédée en 1977. Le deuxième volume "Le ciel de la Kolyma" paraîtra en 1979. A noter: l'écrivain russo-américain Vassili AXIONOV est l'un des fils d'Evguénia Guinzbourg.

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Message  géromino le Dim 7 Avr 2013 - 8:02

"Le vertige" (Chronique des temps du culte de la personnalité) Points 1981 420 pages

Le premier décembre 1934, Sergueï Kirov, secrétaire du Comité Central du parti communiste et fidèle partisan de Staline est assassiné. C'est le point de départ des "purges Staliniennes". Des dizaines de milliers de cadres, d'intellectuels membres du parti sont arrêtés, jugés coupables d'activités contre-révolutionnaires, sabotages, activités terroristes, ennemis du peuple, etc... En ces instants, Evguénia Guinzbourg vit à Kazan (Tatarstan). Elle collabore au journal "Tatarie Rouge". Mais inquiètée, elle est renvoyée de son poste et doit rendre sa carte du pari communiste. Puis elle est arrêtée en février 1937, pour ne pas avoir dénoncer le "contrebandier trostkiste" Evlov (un professeur émérite ayant écrit sur l'histoire du bolchevisme) avec qui elle avait travaillé à l'élaboration d'ouvrages. Puis on l'accuse d'activités contre-révolutionnaires. Pendant l'instruction de son procès, elle est soumise à des pressions psychologiques, des interrogatoires à la chaîne (plusieurs jours sans repos ni sommeil). Elle refuse de signer ses "aveux", mais ne subira pas de tortures physiques: quelques mois après, les autres condamnés auront moins de chance car de nouvelles directives les autoriseront.

A ce sujet elle dit: "Je ne veux pas passer ici pour une héroïne, ni pour une martyre. Si j'ai eu la force de ne pas signer des procès-verbaux faux et provocateurs, je ne l'attribue pas à une forme particulière de courage. Je ne condamne pas les camarades qui soumis à d'insupportables tourments ont signé tout ce qu'on leur demandait."

Cependant, dans la prison de la Boutyrka, elle entendra la nuit, les cris des suppliciées. Pour parfaire leurs méthodes d'investigations, les enquêteurs sont allés en "formation" auprès de la Gestapo, en Allemagne...

Après avoir séjourné dans plusieurs établissements pénitenciaires, elle est finalement condamnée à dix ans d'isolement. A l'énoncé du verdict, s'attendant à subir la peine capitale, son "corps palpite d'enthousiasme": "Dix ans, vous pensez pouvoir continuer à commettre vos crimes pendant dix ans encore, bande de poissons bouillis (sic!). Vous pensez vraiment que dans le parti, aucun camarade n'interviendra pour vous arrêter? Je suis sûre que ces camarades existent. Et tôt ou tard votre fin viendra. Il vaut la peine de vivre rien que pour assister à votre fin. Même en prison. Vivre."


En juin 1939, sa peine est commuée en travaux forcés. Des centaines de femmes sont chargées dans un convoi ferroviaire en partance vers l'extrème est de la Russie, roulant au pas, il avance à une lenteur impossible. Pour ne pas éveiller d'éventuels soupçons (venant de la population civile), chaque wagon est estampillé "outillage spécial"! L'air y est suffocant, fétide, la chaleur écrasante. Les femmes sont entassées dans ces wagons à bestiaux sans presque de nourriture, un gobelet d'eau par personne et par jour: malheur à celle qui le renverse, elle n'en aura pas d'autre. A Vladivostok, un camp de transit les attend; c'est l'occasion de croiser un convoi similaire, d'hommes, cette fois. Eux aussi sont en route vers les camps...

Une traversée en bateau, puis c'est Magadan, et enfin Elguen, terminus de type goulag sibérien (Elguen en Iakoute signifie "mort"). Ce sont des femmes épuisées, squelettiques, la plupart atteintes de scorbut, habillées de guenilles, qui vont couper des arbres par -40 degrés. La quantité de nourriture est attribuée en fonction du nombre d'arbres abattus. Evguénia rencontre un médecin qui lui donne des nouvelles de son fils Aliocha. Ce médecin honnète décide de l'aider. Plusieurs jours après cette rencontre, on lui signifie de faire son baluchon: elle part comme infirmière à la maison d'enfance...

Ainsi s'achève le premier volume, sur une note d'espoir.

Une descente aux enfers, il n'y a pas d'autres mots pour décrire ce témoignage. Pourtant, malgré toute l'horreur et la brutalité des conditions d'existence, Evguénia Guinzbourg ne perd pas sa sérénité. Pas franchement de haine envers ses bourreaux, plutôt de la colère, mais surtout de l'incompréhension devant tant de déshumanisation, d'humiliation. Elle raconte avec pudeur ses rencontres avec les autres détenues, unies dans le même désarroi, la même souffrance, leurs instants de doute et ces moments de franche entraide et de solidarité pour surmonter leur désespoir ou leur accablement.

Un livre magnifique, sublime, qui dégage une force tranquille; empreint d'émotion et d'impuissante colère. Note: 5/5 Evguenia GUINZBOURG (Russie) 397940

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